Après quelques semaines de repos dans la Baie de tous les Saints, nous avons finalement largués les amarres, nos cales pleines de vivres et d'eau pour tenir pendant un bon mois, en direction à de nouvelles aventures. Les paquets de biscuits, alimentation principale du commandante, débordent de tous les recoins . Cette fois-ci, la navigation ne se fera plus par petits à coups et nous prévoyons une bonne vingtaine de jours de haute mer pour rejoindre directement la Guyane Française (1800 miles de route soit plus de 3000 km). Les intentions sont bonnes, mais comme nous le verrons plus tard, c'est la mer qui a toujours le dernier mot!
Nous partons de bonne heure de la marina de Salvador de Bahia, par petite brise de Nord-Est, ce qui nous permet de nous éloigner de la côte et ses pêcheurs en prenant un cap plein Est. Tout se déroule comme prévu, durant les trois jours suivants, nous remontons la côte au près contre un léger souffle EstNordEst ma fois fort agréable au commandante et sa monture. La mer est calme, le soleil est la pour nous accompagner... Mais la progression est trop lente par rapport aux prévisions et la fenêtre météo se termine... Car nous avons oublié de tenir en compte le fort courant qui descend le long de la côte (1 à 2 noeuds!!!)! A peine avions nous doublé l'embouchure de la rivière Sao Francisco do Norte que le vent se met a souffler un bon force 6 dans notre nez en levant une mer agitée à donner la nausée au commandant Cousteau. Nous faisons de notre mieux dans cette soupe, mais après 48 heures de lutte, mouillé jusqu'aux coussins intérieurs, nous abandonnons et fuyons la mer pour trouver refuge derrière un banc de sable a l'embouchure de la rivière que nous avions passée deux jours avant.
Après deux belles journée en ce mouillage pour le moins original, le vent se fait plus doux et décidons de virer l'ancre au petit matin, bien reposés et décidés à passer le Cabo Branco (Cap Blanc) qui marque l'endroit de changement de courant, qui passerait a nous pousser au lieu de nous faire reculer (situé à 200 miles (350km) de notre position actuelle...). Les vents y seront également favorable à notre route étant donné que nous entrerons à ce moment dans la zone des Alisés Est.
Certaines situations sont difficiles à vivre, poussant à l'extrême les limites de ce que peut supporter un homme... Durant la nuit qui succéda notre départ, nous nous retrouvons une nouvelle fois dans une mer horrible, impossible à couper sans risque de casser Rocinante en deux morceau nets et il nous faut battre en retraite une nouvelle fois pour retourner au banc de sable... Avec tous ces sentiments d'impuissance dans l'estomac, ce questionnement sur ses propres capacités a mener à bien cette aventure... Moment très difficile...
Enfin, cette fois ci, nous en profitons pour passer la barre et entrer dans la rivière (collés au cul d'un bateau de pêche, vive les dériveurs lestés!) afin de consulter les oracles météorologiques dans le cafe internet du premier village. Deux jours! nous dit le savant, et c'est bon... Et finalement, confiants dans ces nouvelles augures, nous nous lançons pour la troisième tentative... et nous parvenons a doubler le fameux cap après trois jours de près relativement confortable! Ouf!
Tant nos avons lutés dans cette zone difficile et profitant de nous retrouver finalement avec le vent et le courant portant, nous hissons toute la toile que nous pouvons supporter. Yeeeepa! Nous surfons sur le dos de chaque vague, atteignant des vitesses journalière inégalée jusqu'à présent (record battu: 170 miles en 24 heures, mais également grâce au courant!). Notre position sur la carte avance a une allure impressionnante! Vitesse, vitesse!
Et puis après deux jours de ce rythme soutenu, vient un moment où l'on se rend compte que le but du voyage n'est pas d'arriver. On est bien sur l'eau quand tout va bien, alors pourquoi avoir cette obsession à avancer le plus vite possible? Nous réduisons la toile affin de pouvoir vivre tranquillement à bord (4 nœuds en surface). Le bonheur, je vous assure: On n'est plus trop secoués et donc du pain frais tous les deux jours, séchage de poissons, cuisines plus élaborée (Soupes-Miso! Roll-mops!) et puis des nuits complètes sans se réveiller! Le paradis existe sur la mer quand les conditions sont réunies!
Durant les neuf jours de parfaites conditions de vents d'Alisés (Est force 5-6 virant tranquillement EstNordEst, force 3-4), nous avons eu un compagnon de voyage régulier. En fin de soirée, Eddy venait se poser sur le dos de Rocinante pour passer ses nuits a dormir, las de ses dures journées de pêche. Loin d'être effrayé par ma présence manœuvrante sur le pont, Eddy se posait volontiers sur ma main afin que je le déplace vers des endroits où le nettoyage de ses petites crottes ne pose pas de difficultés (car monsieur avait la mauvaise habitude de chier sur les drisses courant sur le pont).
Et puis nous voici finalement mouillés dans la rivière jouxtant Cayenne, en Guyane Francaise, parmis les herons et ibis de toutes les couleurs qui chassent sur l'estran non occupé par la mangrove des rivière équatoriale... Il est beau le monde si l'on veut bien ne regarder que dans la bonne direction!
Rocinante y su Commandante Pako.