Jeudi 14 février 2008

Salvador de Bahia, Brésil, Fevrier 2008

Ce que je vous écris aujourd’hui fait probablement plus partie de mon journal de bord que de mon blog, mais je tiens à vous le confier. Je ne vois pas en quoi les aventures du commandante Pako au Brésil seraient intéressantes d’ailleurs. Rien de fondamental c’est produit : je suis en bonne santé, ma petite Rocinante se porte toujours à merveille et nous sommes encore au Brésil.

Il fait nuit. Les bruits de la ville nous parviennent comme un lointain écho. Cette ville qui a littéralement explosée pendant le carnaval et ce port qui m’a procuré un retour brutal vers la société avec ses fêtes, son alcool et son tabac, sont déjà derrière moi : les voiles sont réparées et prêtes à être hissées, Rocinante a de nouveau le parfum qu’elle a porté le jour départ des Canaries, la route est à nouveau devant nous. Il ne suffit plus que de larguer les amarres et tout sera laissé derrière.

De temps en temps, je ressens un écœurement lorsque je me retrouve depuis quelques semaines au sein de la communauté. Ce sentiment n’a rien à voir avec les amis que j’ai rencontré, mais plutôt à un aspect récemment découvert de ma personnalité. J’ai besoin d’être seul. Ou de m’éloigner. Je ne suis pas vraiment sûr, mais la seule chose que je puisse vous affirmer est je sens l’envie de couper les amarres et passer à autre chose, comme si tout ce que je venais de vivre durant ces dernières semaines m’étouffait. Alors que nous n’avons fait que de passer de bons moments…

Il parait que je suis sociable, on me l’a encore répété plusieurs fois ces dernières semaines. Mais les rencontres que je multiplie au fil des jours ne s’approfondissent pas et sont laissé involontairement superficielles. Ce n’est pas dans leur nature que d’être approfondies étant donné que nous suivons un chemin différent. Je ne demande même plus les adresses des personnes merveilleuses que je rencontre. Tout au plus accès à mon blog est laissé derrière…

Un bon bol d’air. Voilà ce que j’ai besoin maintenant…

Je ne sais pas où ce chemin aboutira. Nous nous dirigerons demain vers le Sud, vers Rio, pour ensuite essayer de ralier Buenos Aires avant la venue de l’automne austral. Ces intentions de mouvement sont posées mais ne sont pas un objectif pour autant. Rien de plus qu’une destination. Une bifurcation dans l’immense labyrinthe de ma vie.

Ne vous faites pas de soucis pour nous. C’est juste que je me découvre petit à petit. Je voulais juste vous en toucher un mot, me confier à vous. Rien de plus.

Et toutes mes excuses pour ceux qui attendaient des photos ou des récits d’aventures. Cette nuit, à la veille de notre départ, notre pensée est centrée sur ce qui est devant : Elle sera d’abord brune, ensuite verte olive et retrouvera à nouveau son manteau bleu profond. J’ai hâte de la retrouver.

- Publié dans : rocinante
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