Mercredi 27 février 2008

Rio de Janeiro, Fin Février 2008

Les distances au Brésil sont décidément bien grandes ! Pour aller de Salvador de Bahia à Rio de Janeiro, nous avons parcourus quelques 830 miles nautiques (près de 1500 km terrestres) et cela nous a pris presque 10 jours de haute mer. Trois jours de pétolle compris...

La manœuvre de départ du port de Salvador se passe comme si elle avait été préparée depuis longue date!. Depuis que nous n’avons plus de moteur, les manœuvres se pensent deux fois avant de les exécuter, et les manœuvre de port sont particulièrement délicates… Enfin, tout se passe bien, nous sortons dans la baie, le vent en poupe, lunettes de soleil sur le nez et nouveau chapeau de paille sur la partie aride de mon crâne. Nous ne sommes pas sortis depuis cinq minutes que, en levant les yeux sur la gran voile pour son inspection régulière, keskejenevoipa ?  Une horrible déchirure et une couture qui a lâchée… Fâcheux ! Partir en haute mer avec une voile comme cela ! Hop, la voile est affalée, le cap mis sur le mouillage juste sur babord et la réparation nous prend tout le reste de la journée. Départ remis au lendemain !

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Et finalement, c’est le départ. Contre le courant qui est relativement faible, tout comme le vent d’ailleurs. Un grain passe, le vent tombe. Il s'en remet (la chute n'était pas trop grave) pour deux heures puis un autre grain nous passe littéralement dessus… Malgré que le vent aie finalement pris une force qui nous permette d’avancer correctement, ce temps à grain sera sur notre programme pour les trois premiers jours. Deux trois grains, cela n’est pas dérangeant, mais quand il y en a tellement ! Et lorsque je me fait réveiller en sursaut en pleine nuit Rocinante qui gîte a 40 degrés avec nos voiles claquant au vent qui a forcit (et qu’il fait froid et qu'il pleut dehors)… Beuuu, les yeux a moitié ouverts, sortir nu (pas le temps de s’habiller) pour affaler les voiles…
Quel plaisir faire de la voile ! :o)

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Enfin le temps s’améliore et nous arrivons au petit matin du troisième jour en vue de l’archipel dos Abrolhos, grand récif coralien bien au large de la côte. Eau limpides, îles désertes, mouillage sans âme qui vive mis à part les poissons et oiseaux de mer… C’est tentant ! De plus, cela me permettrait de faire des panecakes (en mer, je petit-déjeune avec un bol de gofio canario avec lait et sucre ce qui est bien plus facile que de faire sauter des crêpes en mer, surtout le matin a moitié réveillé)… On se rapproche… Nous arrivons sur une zone où nous pourrions mouiller alors que le vent vient de tourner à notre avantage pour la route vers Rio… Quel dilemme ! Profiter du vent portant ou s’arrêter ? A force de d’hésiter, nous dépassons la zone de mouillage et nous sommes poussés vers des bas fonds. La mer en a donc décidé pour : nous continuons la route ! On évite les bas fonds et direction Sud-Ouest !

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Le vent à partir de ce moment est portant (il nous pousse par derrière), et nous sortons donc la tenue de gala de Rocinante : son spi de toutes les couleurs pastelles (ou ballon en portugais: "balao"). C’est une voile plus instable et nettement plus puissante que les autres vêtements de la garde-robe de ma belle, et je ne l’avais utilisée en solitaire que quelques fois lorsque le vent était vraiment trop faible, mais cette fois-ci, les couleurs ont été hissées et maintenues ! Et ont même été empannées (une manœuvre assez « sensible » sous spi) alors que nous allions à cind nœuds ! Cela m’a évidement couté quelques bonnes suées (drisses coincées, spi mal déventé lors de l’affalage… classique) et quelques coups de soleil, mais le commandante Pako est relativement content d’avoir pu perfectionner ses manœuvres spi en solitaire !

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De plus en plus de plateformes pétrolières apparaissent sur l’horizon surmontée, de nuit comme de jour, une grande torche enflammée orange dégueulant une fumée noire… Et entre les plateformes, des navires qui font les navettes, ce qui, rajouté aux petits bateaux de pêche bouchonnant sur les bas fonds, rendent les nuits plus difficiles. Reveil toutes les demi-heures obligé dans ces circonstances, plus question de seulement brancher le détecteur de radar et de prendre des nuits complètes (elle ne le sont d’ailleurs jamais, mis a part pour la traversée océanique).

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En face du Cabo Buzios, un des cap les plus élancé dans l’océan atlantique, que nous avons pris bien soin de contourner bien au large, nous rentrons dans la zone la plus dense du champs pétrolifère. Des plateformes à perte de vue ! Partout ! Une énorme pleine lune (eclipsée totalement par la terre d’ailleurs!!!) nous accompagne pour veiller toute la nuit entre les obstacles : Nous zigzaguons entre les navettes qui zigzaguent entre les plateformes, les pêcheurs et les cargos (vu qu’en face des caps, tout le trafic maritime se concentre). Je n’avais jamais vu autant de trafic que cette nuit là…

Le matin, les yeux boursoufflés de la nuit blanche, le traditionnel bol de Gofio Canario et lait chocolaté entre les mains, je commence à me rendre compte que Rocinante devient franchement nerveuse: embardées sur tribord, puis sur babord... Pourtant Locura, notre regulateur d’allure, fonctionne correctement… Coup d’œil sur la vitesse : 7 nœuds. A ce même moment là, nous partons en surf sur une vague : 9,2 nœuds pendant 30 secondes… Glppssss… Le vent a pris une force ! La gran voile est affalée (non sans mal vu la force du vent et les mouvements de Rocinante), le génois enroulé pour ne laisser que le quart de sa surface. La manœuvre terminée, l’adrénaline baisse et, en voyant les trainées d’écumes sur le dos des vagues, la situation est claire : c’est notre premier coup de vent de ce côté de l’Atlantique… Un petit 7 beauforts, mais heureusement, cela en restera là. Rocinante tient bien sous régulateur et j’ai le plaisir de pouvoir admirer la mer qui déferle autour de nous en terminant tranquillement mon petit déjeuner (suivis de la dernière Maracuja ou fruit de la passion).

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Le coup de vent passé, nous mettons le cap vers le continent afin de contourner le cabo Frio pour nous diriger vers Rio de Janeiro. Mais voilà au plus nous nous rapprochons du cap, au plus le vent diminue, jusqu’à tomber complètement lorsque nous tentons de le doubler… Et c’est repartis pour une bouchonnade… Toute la nuit nous avons attendu le vent et finalement, une petite brise thermique se lève vers midi du lendemain, mais elle ne nous permet même pas de vaincre le courant pour rallier le mouillage derrière le cap. La réponse est maintenant biens connue de l’équipage : on affale et on va dormir en se laissant dériver ! A la vitesse où nous progressons, les pêcheurs nous éviteront bien!

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Nous avons mis plus de trois jours pour faire 70 miles, distance que aurait du être parcourue en moins de 20 heures… On se serait cru en plein milieu du pot aux noirs :o) (voir larticle sur la traversee atlantique).
Au programme de chaque jour : matin glandouille, midi chaleur et sueur, dans l’après midi, un petit vent thermique se leve, juste de quoi faire quelques miles à la voile et de nous occuper un peu (le courant nous faisait avancer plus que le vent) et enfin le soir ou le vent tombe pour laisser place à une petite brume qui humidifie tout ce qui flotte. La nuit est passée tête sur l’oreiller humide (la première nuit seulement, faut pas pousser le bouchon, un bateau peut se fermer le soir en allant se coucher, il suffit d’un peu de présence d’esprit du commandante de bord).

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Enfin nous arrivons dans la baie où nous approchons du pain de sucre (le gros rocher qui est sur toutes les cartes postales de Rio de Janeiro). Au fur et à mesure que nous approchons, le courant sortant de la baie augmente. Un petit voilier bleu avec à son bord, deux couples et deux enfants rentrent au même moment dans la baie. Un des adulte est complètement saoul et n’arrête pas de chanter (crier serait un terme plus approprié) et de se vanter entre eux que leur bateau me dépasse (ils ont leur petit moteur hors-bord à fond les manettes et je suis a la voile par peu de vent, pas de quoi faire le fier d’ailleurs). Enfin, ils ne m’ont pas dépassé de cent mètres, que leur moteur monte dans les tours et s’arrête de fonctionner (j’ai un petit rire intérieur). Ils mettent les voiles, et je commence à les rattraper (on rigole déjà moins sur leur bord). Nous sommes l’un à côté de l’autre (10 mètres), contre le courant et faisant marche arrière tous les deux face à un courant bien trop important. Je vois que cela ne mène à rien de continuer si près du rocher et commence à m’éloigner pour aller contourner le rocher là où il y a moins de courant. Sur leur bord, des cris de victoire éclate prenant toute l’affaire pour une régate et mon éloignement comme une capitulation! Cela dure deux minutes et puis finalement, se rendent compte qu’il font marche et que moi, j’avance par rapport au courant. Il me suivent et me rattrappe en forccant sur le moteur qui s’arrêtait toutes les cinq minutes. Nous sommes de nouveau côte à côte. La petite brise thermique donne des signes d’affaiblissement proche, je décide de lancer le Spi. Ooooohh, un « balao » entend-je sur leur bord, alors qu’une des deux gamine se lance sur le moteur et commence à tirer frénétiquement sur la corde de démarrage. Elle avait la larme a l’œil et moi, je jouissais, en m’éloignant debout dans le cockpit, barre en main et le regard tourné vers l’horizon :O)

Une heure plus tard, il fait nuit et nous mouillons derrière le pain de sucre, la grande statue de Jésus Christ (Corcovado) depuis la montagne veille au bon déroulement de notre manœuvre.

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